La semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’aller retirer ma nouvelle carte d’identité. Quelle étrange sensation, ce document entre les mains ! Il est en tous points identique à celui des citoyens chiliens, et il faut l’observer attentivement pour se rendre compte que son titulaire est un étranger. De fait, je me souviens de l’embarras dans lequel s’était trouvé, il y a quelques années, lors de mon premier séjour, le garde à l’entrée du parc national Torres del Payne. On y applique en effet un tarif distinct pour les nationaux et pour les étrangers. Devant cette étrange carte, le gardien resta quelques instants perplexes, avant de me faire payer…le tarif national !
Obtenir quelques réductions n’est pas l’unique utilité de cette carte, loin de là. En fait, sans elle, on se trouve plutôt limité dans la vie quotidienne. Quel est le point commun entre louer un DVD, s’inscrire à la bibliothèque ou participer à un concours au centre commercial ? On vous demandera immanquablement votre RUT. Le RUT, c’est le numéro d’identification qui figure sur la carte, qu’il est inconcevable… de ne pas connaître par cœur ! Je me suis déjà atiré les sarcasmes de l’employé du vidéoclub. Il m’a regardé d’un air bien moqueur, lorsque j’ai dû sortir ma toute fraîche nouvelle pièce d’identité pour pouvoir lui égréner les chiffres un à un. Mais, le surlendemain, j’ai pris ma revanche. Alors qu’il s’apprêtait à détourner son attention pour classer des papiers qui trainaient, je lui ai débité d’un trait le nombre magique : 21-432.746-1 ! Les petites victoires de la vie quotidienne…
Cette omniprésence du RUT laisse quand même parfois au fond de la bouche une saveur un peu rance, un petit goût de Big Brother qu’on préférerait avoir abandonné dans une autre époque. Héritage de la dictature parfaitement adapté au monde hypermoderne du contrôle perpétuel, ce numéro de matricule perd vite son côté pittoresque pour devenir plutôt sinistre. Son ambivalence s’efface ainsi au moment où culmine le processus pour l’obtenir : lorsqu’il faut laisser l’empreinte de ses dix doigts à la police. Les phalanges toutes collantes, je pouvais méditer sur l’aspect anecdotique ou non de la formalité.
1 commentaire:
C'est bien lui, je le reconnais !!!
sa maman
Enregistrer un commentaire